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Dans le cadre du Mois de la Photo, un ensemble de 16 grandes photographies (Digital C-print 137 x 113 cm, avec marge, diasec) a été présenté du 7 au 29 novembre 2008 à l’Espace Univer.

Thierry Cohen fut, à la fin des années 80, l’un des premiers à utiliser en France le numérique dans son travail. S’il choisit aujourd’hui un sujet qui a ses références dans l’art de la photographie classique, le portrait d’enfant, celui-ci est d’une autre dimension quand y paraît le cœur de sa propre technique. Sur de purs visages abordés frontalement sont en effet inscrites les cartes des circuits et des composants électroniques qui les constituent. Le photographe, à partir d’un aléatoire primaire, travaille ces surimpressions pour obtenir des effets de transparence mariant l’abstraite réalité des nombres prenant corps en des représentations où la présence individuelle semble du coup relativement effacée.

Cependant diverses corrections discrètes, géométriques et optiques –prolongement effilé d’une carte pour souligner une ligne, recherche d’une symétrie à l’aide des points de soudure, d’un gommé sur une coiffure grâce aux micro-processeurs, d’un flou obtenu par les circuits imprimés– équilibrent par leur sensible souci de précision créative la neutralité des déterminations et rend aux modèles les chances d’une personnalité particulière. C’est la condition, à la fois élémentaire et subtile, pour que ces photographies délivrent leur sens le plus riche, à la fois propre et métaphorique.

Car bien entendu des portraits d’adultes pourraient témoigner des mêmes déterminations de base. Il y manquerait la prospective, suggérée en abyme discret et sensible, touchant l’avenir d’êtres plus exposés à la techno-informatique des réseaux. Face à l’ordinateur, confrontés à des réponses binaires, ces enfants –plus âgés que nous– interrogent : comment évolueront, subsisteront, s’adapteront à l’univers numérique dont ils sont ici marqués, leurs processus de pensée, sens critique, part de libre-arbitre, capacité à rêver ? C’est au risque de ces questions qu’acquiert une profondeur paradoxale et vivante cette autre poétique de la figure humaine.

© Nadine Pouillon


Ces beaux portraits d'enfants tatoués de circuits imprimés et de composants électroniques ont été conçus par un artiste qui a su, dés leurs apparition à la fin des années 1980, miser sur l'emploi esthétique des technologies numériques. Avec ses " enfants binaires ", Thierry Cohen surfe sur les mots comme il s'amuse des nombres. Produits de l'alternative 1/0 des codes informatiques, ces jeunes modèles portent en eux l'ambiguïté de leur génération logicielle. Ces circuits dont les méandres suivent le contour des visages, qui soudent leurs connexions aux endroits stratégiques que sont les paupières, les lèvres ou le plexus solaire, viennent amplifier les pouvoirs déjà immenses que la littérature et le cinéma contemporains prêtent aux enfants. A moins qu'ils ne prétendent gouverner leur physionomie, voire leur activité cérébrale, comme le faisait jadis le bon docteur Duchenne de Boulogne en confiant aux très modernes décharges électriques le soin d'animer les visages de ses malades mentaux. L'allégorie montée par Thierry Cohen pose sans violence cette interrogation sur l'avenir d'une humanité inquiète d'elle-même et qui altère sa propre reproduction.

© Hadrien Le Gray
Images magazine n° 31, novembre 2008

 

 

 

 

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